Elena Forin: Domination, control and metaphor of darkness
"Sous les conditions ‘idéales' de la civilisation industrielle avancée, à l'aliénation s'accompagnerait l'automatisation générale du travail, la réduction au minimum de la durée du travail et l'interchangeabilité des fonctions... L'Éros et les instincts de vie seraient libéré dans une mesure sans précédent".
H. Marcuse, Éros et civilisation.
Il est évident que la société, dans sa transformation technique et industrielle, a profondement changé, mais les conséquences substantielles de la révolution de la machine pour l'Éros sont moins évidentes. Pourtant, ce qui a été produit par la technologie a bien dépassé la simple introduction d'éléments capables d'aider l'homme: il a ouvert les portes à mondes et dimensions qui, auparavant, n'étaient qu'imaginables et qui, maintenant, sont devenus pleine réalité, même lorsqu'ils appartiennent à la sphère de l'éphémère, comme le web.
La recherche de Marco Bolognesi commence d'ici, d'une curiosité sur les logiques et sur la nature d'une époque qui a choisi l'instabilité et l'ibridation des formes et des contenus, abandonnant toute idée préconçue de certitude et embassant plutôt les vastes territoires du mélange et de l'identité multiple, dans un chemin qui va de Ma'aM, traverse les autres séries et arrive jusqu'à la modification génétique de Babylon Federation et à l'assemblage du synthétique et du corporel avec Synteborg.
Mais il faut procéder par ordre, puisque Ma'aM n'a pas seulement un rôle thématique essentiel pour la recherche postérieure, mais est fondamentale car elle inaugure une structure et une modalité de faire recherche qui seront importantes aussi pour les développements ultérieurs, et qui, déjà ici, révèle une pleine maturité.
Tout d'abord, une considération à partir du passage de Marcuse: les temps actuels, avec la technologie et la communication d'Internet, a vu l'éclatement de tensions, pulsions et modalités relationelles qui, dans l'effondrement des frontières éthiques du web, a su apporter une contribution importante dans le procès de libération des mœurs. Sans aucun doute cela a permis non seulement une réinterprétation du sens de l'oppression mais aussi une ample réflexion sur le contrôle et la domination que la société d'aujourd'hui communique en tant que forme de liberté, et qui, au contraire, présente comme contrepoids son direct opposé. Portables, Skype, Internet et monde digital ont passé toute possible limite de l'espace-temps pour y introduire un émotif qui s'explicite dans le lien entre dominatrice et soumise. Néanmoins, Ma'aM ne s'épuise pas dans la puissance bouleversante qui découle d'une relation de contrôle veçue avec tant de sincérité, mais se précise peu à peu lorsque on commence à reconnaître tous les éléments qui n'établissent pas seulement la chiffre principale de la composition mais qui, de fait, produisent la fibre d'un travail dont le lexique, la grammaire et les contenus sont connotés de façon à créer une identité complexe et visuellement intense.
En ce sens, le lien émotif entre les acteurs joue un rôle décisif, car il est si puissant qu'il prend les contours d'une présence concrète, objectale et physique, qui imprègne l'atmosphère d'un toucher magique, qui enveloppe les personnages avec un manteau absorbant toute mémoire et tout bruit, pour les trasporter dans une dimension «autre» qui dépasse toute conception d'espace et de temps.
Le spectateur, en tout cela, est guidé des perceptions et des stimules qu'il reçoit des sujets, mais ce chaud manteau, qui tout embrasse et qu'on croit pouvoir toucher, n'est pas le seul élément catalyseur de l'expérience de Ma'aM, car chaque détail, du fouet à la ceinture jusqu'au maquillage et aux vêtements des modèles, répresente un système de symboles qui characterise la scène, bien sûr, mais concourt aussi à quelque chose de fondamental, c'est-à-dire a répandre ce sens de narration filmique qui traverse la recherche de Bolognesi dès les débuts, et qui est présente ici en tant que rythme et élément où coulent des thèmes chargés d'agressivité. La vision paraît celle d'un contexte qui ne s'épuise pas dans l'espace d'une photo, mais qui est prêt à évoluer et à se mésurer, pour créer le canevas de Ma'aM, une série dont le sombre caractère visuel est agité par éclairs de lumière, dont les objets deviennet métaphores et le noir une surface, et dont les afflictions et les tabous de la société se mêlent à la «recrudescence de la nudité» et à la «sexualité introublée» avec qui l'ère technologique «tatoue son message directement sur notre peau», en developpant une sensibilité du toucher et une stimulation qui mène la sexualité vers nouvelles dimensions...
M. McLuhan, D'œil à oreille, Edition Hurtubise HMH, Montreal 1977.